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 Mississippi John Hurt 1

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FBlues
Newbi


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Localisation : Vuiteboeuf, Suisse
Date d'inscription : 20/01/2005

MessageSujet: Mississippi John Hurt 1   Jeu 28 Avr à 11:45

MISSISSIPI JOHN HURT

"I just make it sound like I think it ought to"

Voici la bio d'un de mes maîtres à penser ou plutôt à gratter en matière de blues accoustique... Un grand monsieur
Source: http://latailla.club.fr/JohnHurt/MJHpage.html

Le Mythe

C'est en 1952 que sortit "Anthology of American Folk Music" (un coffret de six 33 Tours), publié par Harry Smith. Cette anthologie marqua le début de ce qu'on allait appeler plus tard le folk boom des années 60, permettant aux américains blancs de découvrir avec passion que leur pays avait dés les années 20 et 40 une culture musicale impressionnante (blues, Hillbilly, cajun, mexicain, etc), heureusement immortalisée grâce aux enregistrements des premiers disques 78 tours réalisés à l'époque par quelques chercheurs passionnés ou maisons de disque à l'affût des musiques qui se vendaient.

Dans ce LP, 2 titres étaient interprétés par un certain Mississippi John Hurt ("Frankie" et "Spike Driver Blues") qui forcèrent l'admiration de tous les auditeurs. Jeu de guitare picking léger et délié, voix calme et profonde… On ne savait rien de ce chanteur-guitariste, si ce n'est qu'il venait probablement du Mississippi (vu son nom !) et qu'il était noir (ces 78 Tours avaient été vendu en Race Record), mais sa façon de chanter et de jouer de la guitare ne ressemblait à rien de ce qui avait été enregistré dans cette région à cette époque (1928). D'autres titres de John Hurt circulèrent sous le manteau ou furent réédités, et nombre de musiciens cherchaient à comprendre et imiter le style de ce guitariste entré dans la légende du milieu folk américain.

Le mystère était total, et semblait devoir le rester car une chose était quasiment sûre : N'ayant aucune trace de John Hurt, tout le monde le pensait mort comme la plupart des musiciens ayant enregistré à cette époque.

Pourtant, Mississippi John Hurt allait être redécouvert, 35 ans après ces fameux enregistrements de 1928…


Sa vie

Né de Isom Hurt et de Mary Jan McCain le 8 Mars 1892, à Teoc, Caroll County, Mississippi, USA, John Smith Hurt fait partie d'une famille de dix enfants (sept frères plus âgés et deux sœurs) vivant des maigres revenus de la ferme dont le père est métayer.

Arrivé à Avalon (Carroll County, Mississippi, USA, petit bourg d'une centaine d'âme où John Hurt passa quasiment toute sa vie) en 1902, les rares loisirs y étaient les soirées animées par des musiciens itinérants où des musiciens locaux tels William Henry Carson (musicien que cite John Hurt comme influence, mais dont nous ne savons rien…), les "songsters" au répertoire vaste et hétéroclite: ballades, ragtimes, spirituals, coon songs, reels, airs mexicains ou irlandais, chants de travail, etc. Les songsters étaient de véritables juke-box vivants, à une époque où les disques et la radio n'existaient pas et dans un coin où ils mirent sûrement très longtemps à arriver.

Ses premiers contacts avec la musique eurent lieu à l'église et à neuf ans, il se voit offrir par sa mère une guitare (sa famille aimait la musique, même si elle ne comptait pas de musicien parmi elle). Il apprend alors à reproduire sur l'instrument ce qu'il entend "dans sa tête", c'est à dire les chansons des songsters où ceux des travailleurs agricoles et des ouvriers des chemins de fer.

Quand son père décède (1902), il quitte l'école et aide sa mère à la ferme pour cultiver le coton, le maïs et les pommes de terre. Pour rapporter plus d'argent à sa famille, il se fait parfois engager comme ouvrier agricole dans une ferme voisine. En 1915, entre deux récoltes, il alla travailler 5 mois pour le chantier de l' Illinois Central (société de chemins de fer), gagnant 100$ par mois à placer des rails. Sur ce chantier, il apprendra de nombreux chants tels que "Spike Driver Blues" ou "Casey Jones".

Puis, de retour à la ferme, il continua à travailler pour l' Illinois Central en abattant des arbres pour tailler des traverses de chemin de fer (payées 1$ par pièce). Ces précisions financières permettent de comprendre pourquoi, plus tard, John Hurt sera heureux de toucher 10 ou 20$ par chanson enregistrée… A l'époque, on ne parlait pas de copyright ou de pourcentage… Mais en attendant, pour gagner agréablement de l'argent, ce que préfère John Hurt c'est bien sûr de jouer de la musique. Il s'est forgé un style de guitare personnel et sa réputation de chanteur et conteur va grandissante dans les environs. Il est appelé à animer des fêtes chez les noirs et les blancs, seul ou en groupe. Il pratique aussi ce qu'il appelle les "sérénades": lui et un ami s'installent près d'une maison, à minuit ou plus tard, et jouent de la musique… Parfois ils sont invités à entrer dans la maison pour y continuer la sérénade!

Après un premier mariage suivi d'un divorce, John Hurt se marie en 1927 avec Jessie, qui restera sa compagne aimée jusqu'à la fin de ses jours et lui donna 14 enfants.

A partir de 1923, son voisin Willie Narmour, un violoniste blanc, fait souvent appel à John Hurt pour remplacer son partenaire habituel, le guitariste Shell Smith, pour animer des "Square Dance". Dans ces cas là, John Hurt abandonne bien sûr son style finger-picking pour assurer la rythmique en flat-picking. Cette anecdote est importante, car outre le fait qu'elle nous prouve d'une part que John Hurt était déjà un musicien réputé, et d'autre part qu'il savait s'adapter à différents styles de musique, ici la country. Elle nous montre aussi que malgré la ségrégation de l'époque les contacts entre musiciens noirs et blancs existaient, ce qui explique bien des "ponts" entre les différents styles musicaux.
Enfin, sans cette rencontre, John Hurt n'aurait probablement jamais enregistré de disque car c'est Willie Narmour qui dirigea le label Okeh vers lui.


Les sessions d'enregistrement de 1928

En 1928, Willie Narmour (qui deviendra célèbre pour le titre "Caroll County Blues" devenu depuis un standard de la musique country) remporta un concours de violon dont le premier prix était une séance d'enregistrement pour les disques Okeh. Le représentant du label, Tommy Rockwell, venant chercher Willie lui demanda si il ne connaissait pas d'autres bons musiciens de "vieille musique"… Le violoniste lui indiqua John Hurt et, après une courte audition, Tommy Rockwell fut enthousiasmé et emmena celui-ci à Memphis pour enregistrer!

Le 14 Février 1928, John Hurt enregistra huit titres, dont "Frankie" et "Nobody's Dirty Business" qui sortirent en 78 Tours sous la référence OKEH 8560 Tours (les six autres titres enregistrés n'ont jamais été retrouvés…). C'est à cette occasion que John Smith Hurt devint, à son insu, Mississippi John Hurt! A noter que le préposé au classement des disques OKEH rangea d'abord le disque dans la catégorie "Old Songs" à destination des blancs (musique Hillbilly) avant de se rendre compte de son erreur et de le mettre en "Race Record" pour le public noir. Cette anecdote en dit long sur la difficulté à classer la musique de John Hurt dans une boîte!

Le disque, distribué dans le circuit des Race Records (disques bons marchés à destination des noirs-américains) ne remporta aucun succès… mais Rockwell était persuadé que sa "découverte" pouvait faire vendre des disques, alors il le fit venir à New-York ce coup-ci, pour deux nouvelles séances d'enregistrement où John Hurt enregistra quatre titres le 21 Décembre 1928 (Ain't No Tellin', Louis Collins, Avalon Blues, Candy Man Blues) puis huit autres titres ( Blessed Be The Name, Praying On The Old Camp Ground, Blue Harvest Blues, Stack O Lee Blues, Spike Driver Blues, Big Leg Blues, Got The Blues Can't Be Satisfied, plus unenregistrement "perdu") le 28 Décembre 1928.

C'est pendant la première séance que la rencontre improbable eût lieu avec Lonnie Johnson (le vrai, car Hurt avait déjà rencontré un homme se faisant passer pour le célèbre bluesman à Memphis) qui lui donna quelques conseils, notamment de jouer plus grave son "Candy Man"! Ensuite, et malheureusement sans enregistrement, John Hurt à la guitare et Lonnie Johnson au piano jouèrent quelques morceaux! Pendant une semaine, les deux amis ne se quittèrent pas, se promenant à New York, jouant ensemble et faisant la fête.

John Hurt fut bien sûr époustouflé par le studio d'enregistrement et la "grande ville", mais il n'eût qu'une hâte: retourner à Avalon, retrouver sa terre et sa femme Jessie.


Le retour à l'anonymat

Les 78 tours de Mississippi John Hurt enregistrés à New York n'eurent pas plus de succès que le premier… il ne s'en vendit que quelques centaines d'exemplaires. Pourquoi? Sans doutes parce que déjà, en 1929, les chansons qu'interprète John Hurt sont "démodées"… Le public noir-américain demande de la nouveauté, du blues tel que celui de Lonnie Johnson, ou Tommy Johnson, Blind Boy Fuller, Big Bill Broonzy, Tampa Red, Leroy Carr, … or Mississippi John Hurt représente déjà un style ancien (même si il avait encore un public). Mississippi John Hurt est un songster, un ménestrel à l'ancienne, chantre de l' "old time", pas un bluesman déchiré ayant vendu son âme au diable ou au contraire prêchant avec force pour un monde meilleur.

Peut-être qu'avec le temps le succès serait venu (qui sait?), mais la crise de Septembre 1929 vit s'écrouler le marché du disque, et en premier lieu celui des Race Records, le public noir (le plus pauvre) étant le premier touché par la récession.

Il est même quasiment certain que, sans la crise, John Hurt aurait continué sa carrière discographique, car on sait que le titre "Richland Woman Blues" enregistré en 1963 avait en fait été appris par John Hurt en 1929, à la demande de William Meyers qui devait l'enregistrer sur son propre label… Il est probable que ce titre (au thème et à la musique bien éloigné du blues!) soit une composition de William Meyers, et que le projet capota en raison de la crise.

La carrière discographique de John Hurt à peine amorcée stoppa nette, mais ça ne l'affecta pas plus que ça et il continua sa vie de paysan et père de famille, tout en continuant à être le songster attitré de la région d' Avalon, Carollton et Greenwood, sans doute auréolé d'avoir enregistré des disques à New York. Il continue à animer les fêtes chez les blancs comme chez les noirs et joue souvent avec le violoniste Lee Anderson.

Pendant la Grande Dépression, il travaille une semaine sur deux, pour la WPA, abattant des arbres et construisant des digues, et l'autre semaine il s'occupe de sa ferme. Vers 1945 il déménage sur la colline, à la troisième boîte aux lettres (A.R. Perkins' Land, Avalon) où il élève des vaches, cultive sa terre et fait office de rémouleur.

C'est là que, en 1963, il fut miraculeusement retrouvé. Mais ce n'était pas lui qui avait disparu, ce sont les autres qui l'avaient oublié… Rockwell, le prospecteur des disques Okeh, avait eu raison: John Hurt devait un jour ou l'autre rencontrer le succès. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est qu'il faudrait attendre 35 ans pour que John Hurt soit enfin reconnu!


La (re)-découverte

En 1963, soit 35 ans après les sessions de 1928 et alors que tout le monde croyait mort le songster, Tom Hawskins et Mike Stewart, deux jeunes passionnés, écoutèrent attentivement "Avalon Blues" où John Hurt chante les bienfaits de son village ("Avalon my home town, always on my mind, Pretty mama's in Avalon, want me there all the time") et se mirent à chercher si il existait un village de ce nom au Mississippi. Rien. Ce fut finalement sur un vieil atlas de 1878 qu'ils découvrirent un minuscule point nommé Avalon, quelque part entre Greenwood et Grenada. Pleins d'espoir, ils prirent la route et en effet trouvèrent le village d'Avalon, qui n'avait plus qu'une épicerie et une maison. Ils demandèrent à un passant si il connaissait un certain John Hurt. Bien sûr qu'il connaissait ! "Il habite à un mile d'ici, à la troisième boîte aux lettres en haut de la colline". Après avoir compté les boîtes aux lettres, les deux hommes virent un vieil homme en train de conduire un tracteur au milieu d'un champs de maïs.
- John Hurt ?
- Yes…
Là, les témoignages divergent: on ne sait pas si les deux jeunes fans s'élevèrent en lévitation ou au contraire si un violent coup de massue les enfonça sous terre!! Quand ils racontèrent à John Hurt que ses enregistrements de 1928 remportaient un énorme succès et qu'il était l'idole de toute une bande de yankees, celui-ci n'en crut pas un mot, persuadé qu'en fait il avait affaire à deux policiers du FBI qui voulaient l'embobiner… A la question "Est-ce que vous jouez encore de la guitare?", il répondit oui, ce qui sembla les ravir. Quand ils lui demandèrent si il pouvait venir à Washington, il répondit également oui, persuadé que de toute façon les policiers l'y emmèneraient de force si il refusait !

C'est ainsi que quelques jours plus tard, Mississippi John Hurt se retrouva en train de jouer de la guitare dans les clubs folks de Washington! Tom Hoskins enregistra 39 chansons de John Hurt pour son label créé pour l'occasion (Piedmont, LP "Volume 1 of a Legacy") et la nouvelle se répandit dans les médias: on avait retrouvé Mississippi John Hurt !!!

Il donna son premier grand concert à 69 ans, en Juillet 1963, au Newport Folk Festival. Le succès vint aussitôt et un mois plus tard il triomphait au Philadelphia Folk Festival. Il devint rapidement un héros "culturel", la coqueluche des festivals folks, le grand-père de tous les apprentis guitaristes qui buvaient ses paroles et s'imprégnaient de son jeu de guitare!


Le triomphe


Après la fameuse séance d'enregistrement pour le label Piedmont en Mars 1963 puis le festival de Philadelphia, Mississippi John Hurt continua pendant trois ans à enregistrer de nombreux disques et à se produire devant un public de blancs qui l'adulaient.

Parmi ces jeunes fans, on trouve des musiciens tels que Taj Mahal, Bob Dylan, Rory Block, Stefan Grossman (qui devint l' "élève" de John Hurt et est sans doute un de ceux qui a le plus décortiqué et compris son style).

Non seulement ils trouvèrent un guitariste et chanteur hors pair qui n'avait jamais cessé de perpétuer la tradition des songsters du début du siècle, mais en plus ils découvraient un homme à la sagesse et à la philosophie toute pleine de bon sens terrien, de gentillesse et d'humour. Les anecdotes sur cette époque sont légions et montrent l'étonnement des jeunes blancs face au patriarche noir autant que celui du petit paysan d'Avalon face aux intellectuels de la Côte Est des Etats-Unis…

John Hurt recevait comme un don du ciel l'amour qui soudain l'entourait ("je voudrais que tout le monde sur terre m'aime comme j'aime tout le monde sur cette terre…"), et c'est de bon cœur qu'il prodiguait ses conseils sur la guitare et sur la vie.

Les revenus de ses disques et concerts, ainsi que son contrat de résidant de l' Ontario Place Coffehouse lui permirent de s'acheter une maison à Grenada (près d' Avalon, bien sûr). Il quitta New York où il avait emménagé avec sa femme et deux petits enfants, et s'installa dans sa nouvelle maison. Après un dernier voyage à New York pour une séance qui lui fut assez pénible (les gens se battaient presque dans le studio pour contrôler l'enregistrement…), il y mourut dans son lit, le 2 Novembre 1966. John Hurt est enterré à Avalon, Saint James Cemetery.


Influence directe ou indirecte, Mississippi John Hurt a marqué le mouvement folk et blues des années 60 et il est encore souvent cité comme référence par des musiciens ne l'ayant jamais connu. Pourtant il n'a jamais vraiment fait d'émules revendiquant son style à 100%… son influence est pourtant énorme, sous-jacente ou plus évidente.

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MessageSujet: Suite...   Jeu 28 Avr à 11:45

Le style de Mississippi John Hurt

N'ayant presque jamais bougé d'Avalon (Mississippi), John Hurt n'a pas puisé son répertoire ailleurs que près de chez lui. Il se l'est construit à partir des chansons qu'il pouvait entendre près d'Avalon : musiciens itinérants (medicine shows), songsters locaux (il cite un certain William Henry Carson), jug bands, chants de travail ou de fêtes, gospel, airs traditionnels, etc. Ses influences semblent en majeure partie s'être arrêtées à la musique du début du 20ème siècle et on ne trouve pas de traces de styles musicaux qui se développèrent avec l'arrivée du disque et de la radio.

Avalon était un minuscule bourg qui connut son apogée à la fin du 19ème siècle, quand l'activité des chantiers ferroviaires y était relativement importante. Ayant compté quelques centaines d'habitants, la population d'Avalon déclina rapidement et en 1963, quand Tom Hawskins retrouva John Hurt, le village rayé des cartes (Hawskins n'en trouva trace que sur un atlas de 1878) ne comptait plus qu'un magasin, une maison et quelques fermes… John Hurt avait continué à avoir une vie simple et terrienne, dans un village où le temps s'était en quelque sorte figé. Il n'a jamais eu de voiture et n'a eu l'électricité qu'à la fin des années cinquante. Avec Mississippi John Hurt, c'est la musique du début du 20ème siècle qui nous a été transmise presque intacte, juste modifiée par le style même de John Hurt. Mais quel style !

John Hurt interprète des titres qui peuvent être classés dans le spiritual, les ballades, le ragtime… et le blues. La frontière entre blues et "pas blues" n'est pas aussi tranchée que certains aimeraient le dire: "parce qu'il a tendance à appliquer sa technique de picking à tout ce qu'il joue, la sonorité de blues tels que Big Leg Blues ne diffère pas beaucoup de ragtimes tels que Stack O Lee" (Stefan Grossman).

Bien qu'Avalon soit situé dans le Delta du Mississippi qui à la même époque donnait naissance au Delta Blues, il n'y a aucune trace dans la musique de John Hurt de ce style de Blues. Pourtant, il est difficile de croire que John Hurt n'en ait jamais entendu, ne serait-ce qu'à l'occasion du passage à Avalon d'un des hoboes du blues qui sillonnaient le Mississippi [d'ailleurs, la Gazette de Greenwood pose toujours la question : John Hurt a-t-il croisé un jour Robert Johnson à Greenwood ? ;-) ].

De même, on sait qu'il a rencontré lors de ses sessions d'enregistrement de 1928 un faux Lonnie Johnson à Memphis et le vrai Lonnie Johnson à New-York. Pendant une semaine, il a même joué avec ce dernier, mais visiblement ça n'a pas influencé sa musique...

En fait, par goût et parce qu'il avait toujours un public pour son répertoire, John Hurt devait être profondément attaché à ses chansons et ne devait pas être attiré par de nouveaux styles.

Quant au blues de la côte Est (le Piedmont Blues), souvent rapproché de son style, il en est en fait assez éloigné (dans les mélodies et les thèmes) et il est certain que John Hurt n'a pas été influencé par lui. Le rapprochement entre les deux styles vient de la technique "finger-picking" utilisée avec dextérité : le pouce de la main droite frappe les basses sur chaque temps et la mélodie est jouée dans les aiguës avec les autres doigts. Cette technique a sans doute été développée pour imiter le piano : le pouce du guitariste tient le rôle de la main gauche du pianiste pour la rythmique sur les basses et deux ou trois doigts celui de la main droite pour la mélodie. Le picking a été développé dans un style très élaboré sur la Côte Est (Blind Blake, Gary Davis) mais ce n'est pas une exclusivité de cette région puisqu'on le retrouve à la même époque voire antérieurement au Texas et au Mississippi.

Autre fait remarquable dans la musique de Mississippi John Hurt: ce ne sont pas des chansons à danser, mais plutôt à écouter… Il est impensable d'imaginer un groupe de personnes forcément bruyant en train de danser avec pour seule musique la guitare de John Hurt et sa voix douce et tranquille. Les chansons qu'il nous a transmises sont adaptées à un public d'auditeurs attentifs, appréciant son jeu de guitare, son chant et les textes de ses chansons (histoires drôles, tristes, violentes, grivoises ou religieuses, etc).

En résumé, Mississippi John Hurt est avant tout un "songster": chanteur, conteur et musicien. Son répertoire est hétéroclite et vaste, puisant dans les chansons qui ont devancé et influencé le blues plus moderne. Mississippi John Hurt est l'héritier de cette tradition de chanteurs-musiciens qui animaient les soirées des communautés rurales blanches et noires au début de ce siècle. Il est à la frontière entre les "old songs" et le blues: il est un country-bluesman.


Le picking de John Hurt

Son style de picking, sa technique de jeu de la main droite (basses alternées avec le pouce, mélodie dans les aiguës avec deux doigts), il l'a souvent répété: il se l'est forgé tout seul, à force de chercher à reproduire sur sa guitare ce qu'il avait dans la tête. "I just make it sound like I think it ought to"… "je fais juste sonner (les cordes de la guitare) comme je pense qu'elles doivent le faire" … Voilà l'explication que donnait John Hurt sur sa technique !

Stefan Grossman, qui a étudié la guitare avec John Hurt et en a disséqué la technique explique: "Pour un néophyte, le jeu de guitarte de John Hurt paraît vraiment simple. Il joue comme sur un piano, avec des aiguës par dessus des basses qui font "boom-chick boom-chick"... Mais quand vous disséquez sa musique, chacun de ses arrangements a quelque chose d'unique: il va arrêter les basses, ou bien les basses ne sont pas où vous les attendez. Il a un doigté inhabituel. Il a joué plusieurs versions de ses chansons, et à chaque fois il y a des petites variantes."

De sa main droite, il utilise trois doigts pour jouer. Son petit doigt et son annulaire reposent sur la guitare pendant que les autres jouent. L'élément le plus important du jeu de John Hurt est la façon dont il frappe les basses de son pouce (sans onglet, et toujours en basses alternées). Sur le premier temps le pouce frappe la corde de basse avec retenue (boom), mais sur le second temps il frappe la corde de basse alternée suffisamment fort pour faire vibrer les autres cordes (chick!). C'est fondamental dans son style: "tout le son de Mississippi John Hurt est dans son pouce de la main droite!" (Stefan Grossman).

Bien sûr, Grossman exagère, car les aiguës ont toute leur importance! Elles tissent une mélodie élaborée sur laquelle vient se greffer le chant. Hurt les joue avec la pulpe de son index et de son majeur. La main gauche plaque des accords simples, la plupart du temps en Majeur avec quelques rares Mineurs ou Septièmes, et très rarement en open-tuning (Frankie est joué en open de Sol). Les rares morceaux joués en slide (avec un canif) ne ressemblent en rien à du Delta Blues, mais bien plus à du Hurt Blues!

La structure des morceaux est variable: un vrai blues comme "Monday Morning Blues" comporte treize mesures, "CC Rider" en comporte quinze et demie! Il faut dire que John Hurt n'a dû apprendre qu'en 1963 qu'un blues "devait" se jouer en douze mesures!


discographie:
1928 Sessions CD Yazoo 1065
Avalon Blues 1963 CD Rounder CD-1081
worried Blues 1963 CD Rounder CD-1082
coffret 3 CD: Mississippi John Hurt - The Complete Studio Recordings (Today ! - The Immortal Mississippi John Hurt - Last Sessions), Vanguard Records, CD 70181-2
... et bien d'autres
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bloomers
Mega bavard


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MessageSujet: Re: Mississippi John Hurt 1   Mer 4 Mai à 10:53

Merci FBI Blues...bien joué...je ne le connais pas bien, je possède juste quelques extraits de ses performances au Newport Folk Festival... Wink
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Dr Gonzo
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MessageSujet: Re: Mississippi John Hurt 1   Lun 19 Mar à 0:08

Un artiste unique. J'ai un album live, ses chansons se transforment quasiment en petits sketchs. Sa maitrise de l'intrument est assez impressionnante d'efficacité.
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MessageSujet: Re: Mississippi John Hurt 1   Aujourd'hui à 7:57

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